« Qui vivra Mora »

Écrit par S.Foot, le 11 août 2026 à 18:06.

« Qui vivra Mora »

En pleine crise générationnelle, c’est peu dire que le Mexique n’abordait pas “sa” coupe du monde avec le plein de confiance. Au milieu du désert, un frisson venu de Tijuana s’était pourtant emparé du pays: Gilberto Mora, 17 ans, serait le crack que toute la nation attend depuis plusieurs décennies. Alors, vraie révolution ou énième fausse promesse ?

Xoco boite, la semaine dernière, il s’est blessé à la patte alors qu’il jouait avec ses frangins, Itzia et Tonatiuh. Ces trois chiens au nom indigène font partie d’une portée de xoloitzcuintles: ils sontnoirs, fins, et dépourvus de poils, sauf parfois sur le crâne. Une race aussi sacrée chez les Aztèques qu’au Club Tijuana. Car Xoco, Itzia et Tonatiuh sont les héritiers directs de Hermoso, l’emblème de l’équipe de foot rouge et noire. “Hermoso vient tout droit d’une lignée initiée par Diego Rivera et Frida Kahlo, bombe le torse le directeur du centre de formation, Ricardo Martinez, entre deux caresses, à propos du couple de peintres le plus célèbre du Mexique. Ils avaient plusieurs Xolos et ont offert une portée au grand-père du président, Jorge Alberto Hank.” Au-dessus de son bureau trône une photo de Hermoso –“Magnifique” en VF. “Le club a désormais son propre élevage de xoloitzcuintles, poursuit fièrement Martinez. D’ailleurs, Hermoso a gagné plusieurs concours de beauté canins!”  C’est mieux que le palmarès du Club Tijuana, vainqueur d’un seul titre de champion en 2012 et abonné depuis au ventre mou de la Liga MX. C’est toutefois de cette équipe fondée en 2007, loin de la passion de Monterrey, Guadalajara et México, qu’est sortie une pépite à première vue aussi flamboyante que Hermoso, en la personne de Gilberto Rafael Mora Zambrano. À l’image du canidé star, cet ado de 17 ans semble promis à la gloire. Lancé en pro à l’été 2024 à 15 ans, titulaire avec la sélection à 16 ans, le milieu relayeur devrait rester encore quelques mois au pays avant de faire le grand saut de l’Atlantique à sa majorité. En attendant, le gamin de Tijuana portera cet été sur ses frêles épaules les maigres espoirs d’un Mexique régulièrement conspué par ses propres supporters et dont la plus grande star pour ce Mundial à la maison est son troisième gardien, Guillermo Ochoa, un vétéran qui a fini la saison les pieds en éventail à l’AE Limassol, huitième du championnat chypriote. Dur.

“Pour moi, c’est un Andrés Iniesta”
Le crack censé sauver la nation voit le jour au Chiapas, le 14 octobre 2008, dans le sud voisin avec le Guatemala. Son père, Gilberto Mora senior, porte alors le maillot des Jaguares. Peu de monde garde en mémoire sa carrière, à l’exception d’un coup franc direct qui sauva le club local de la relégation en 2003, du temps où le championnat n’était pas encore une saloperie de ligue fermée. Le Yann Bodiger mexicain traverse ensuite l’entièreté de ce pays grand comme trois fois la France pour terminer sa carrière à Tijuana. Dans cette ville frontalière bâtie à l’américaine poussent des centaines d’usines d’assemblage dont les produits manufacturés sont voués à l’exportation vers le voisin du nord. Ici, des milliers de “rêves américains” se fracassent sur le mur fait de pylônes d’acier érigés par les États-Unis. C’est aussi là où Gil Junior se révèle, toujours

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