« Ma vie, c'est prendre des risques »

Écrit par S.Foot, le 3 août 2026 à 10:00.

« Ma vie, c'est prendre des risques »

Alors que Riyad Mahrez, Sadio Mané et Mo Salah s'apprêtent à disputer leur dernier mondial, l'Afrique s'est trouvé un nouvel ailier prêt à dribbler toute la planète foot : Yan Diomandé. Interview avec l'attraction ivoirienne de 19 ans du RB Leipzig, un club dans lequel il ne devrait pas faire de vieux os.

L'interview a dû être reportée de quelques jours parce que ta maman a été hospitalisée. Elle vit avec toi à Leipzig ?
Non, elle est en Allemagne parce que c'est mieux pour elle de se faire soigner ici. Sinon, elle vient me rendre visite parfois, mais elle ne veut pas vivre en Europe, elle veut rester en Afrique. C'est dur en ce moment… J'ai pas eu une bonne journée aujourd'hui encore, mais ça va, t'inquiète.

Pour son premier mondial, en 2006, la Côte d'Ivoire était tombée dans le groupe de la mort, avec notamment l'Argentine et les Pays-Bas. À l'époque, tu étais encore dans le ventre de ta mère, justement.
Ah bon ? Si c'était l'été, oui, c'est bien ça. Je n'ai aucun souvenir d'avoir vu la Côte d'Ivoire en coupe du monde. La dernière fois, c'était en 2014, mais quel enfant regarde le football à 7 ans ? À cet âge-là, tu regardes les dessins animés à la télé, pas du foot !

Tu allais parfois au stade voir des matchs de championnat ou ceux des Éléphants ?
Non, jamais. Je vais y aller quand je vais partir à Abidjan bientôt, regarder jouer mes amis. Mais ce sera ma première fois au stade. Quand j'étais là-bas, j'étais sur le terrain. Je partais pas regarder jouer les gens. C'est les gens qui venaient me regarder.

Tu habitais où ?
À Abidjan, Yopougon (commune la plus peuplée de la capitale économique ivoirienne, avec plus d'un million et demi d'habitants, ndlr). Je vivais dans un quartier qu'on appelle Sicogi, au milieu d'une grande famille, avec beaucoup de cousins, de cousines, qui sont comme des frères et sœurs. Mais sinon, je n'avais qu'une « vraie » sœur, qui est décédée. Donc je suis le seul enfant de ma mère, désormais. On était une famille de la classe moyenne, enfin, plutôt modeste quoi. Vraiment pas riche, quand même, mais pas trop pauvre non plus, on avait la base, le minimum. Ma mère ne travaillait pas. Mon père, je ne sais pas ce qu'il faisait, j'ai pas eu de lien avec lui. On ne vivait pas dans le même pays. Il était et est toujours en France.

Récemment, quand on t'a parlé de l'intérêt de Liverpool, tu as dit que ton père était supporter des Reds, pour l'ambiance d'Anfield et Steven Gerrard…
C'est pas de mon père que je parlais, mais d'un de mes mentors, avec qui j'ai grandi. Mon père, je sais juste qu'il est fan du PSG.

Yopougon, c'est très dense. Il reste de la place pour jouer dans la rue ?
C'est toujours là ! Il y aura tout le temps le football de rue. Comme tout enfant, j'ai commencé le foot au quartier. Et là, l'idée, c'est d'être repéré, pour intégrer un centre de formation.

Il y en a plein à Yopougon. Ça a été mon cas. Après, si tu as la chance d'être bon et qu'on te le propose, tu peux rejoindre une académie pour te former encore mieux. Mais tu dois quitter la famille, parce que les académies où tu peux rester dormir, manger, vivre comme si tu étais à la maison, elles sont très éloignées de la ville. Je devais avoir 10, 11 ans quand j'ai rejoint l'Académie Inter Foot Sud Comoé, à Aboisso (à plus de cent kilomètres d'Abidjan, non loin de la frontière avec le Ghana). Elle n'est pas trop réputée mais ça va, tu dois en avoir quatre ou cinq qui, de là, sont passés pros en Europe. Une fois que tu entres, c'est eux qui prennent tout en charge. C'était bien pour moi, et c'était la meilleure chose pour la famille. Je n'étais pas triste, au contraire, j'étais dans une génération de jeunes où on était tous innocents : on ne faisait que jouer au foot, en espérant pouvoir gagner notre vie avec. Et à 15 ans, on m'a proposé de partir aux États-Unis.

Comment on passe d'Aboisso à Daytona Beach, en Floride, où se situe le campus de la DME Academy, une école de sport d'élite destinée originellement à la formation postuniversitaire de basketteurs ?
En fait, j'avais signé un pré-contrat avec Leganés, ce qui veut dire que je leur appartenais. Mais je ne pouvais pas intégrer le club parce que j'étais africain, et pour jouer en professionnel, il fallait attendre d'avoir 18 ans. Comme j'étais mineur, pour continuer ma formation, je sais pas pourquoi, ils ont choisi de m'envoyer aux États-Unis.

Mais comment signes-tu ce pré-contrat avec Leganés ?
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