Lors de la finale de l'Euro 76, Antonín Panenka tente et réussit une feuille morte face au gardien du Bayern Munich, Sepp Maier. Un geste qui permet à la Tchécoslovaquie de remporter le tournoi, et à son inventeur de rentrer dans l'histoire du football puisque cinquante ans plus tard, le geste auquel il a donné son nom est toujours autant d'actualité. Interview avec un type qui a inspiré Zidane, Neymar, Sergio Ramos, et malheureusement Brahim Diaz.
Parce que vous avez inventé la panenka, beaucoup vous considèrent comme un rebelle du foot. Vous avez l'impression d'en être un ?
Je ne suis pas un rebelle, et la panenka non plus d'ailleurs. Pour moi, le football doit toujours être une source de bonheur pour le public, un spectacle capable d'alimenter des conversations dans les bars. Avec cette méthode, je ne cherchais pas à être révolutionnaire, mais divertissant. En 1976, mon entraîneur et mes coéquipiers savaient comment j'allais le tirer. Je les avais prévenus. Le seul qui m'a dit de ne pas la tenter dans un match aussi sérieux qu'une finale de l'Euro, c'est Ivo Viktor, notre gardien. J'étais son compagnon de chambre. Avant de m'élancer, il était venu me voir pour me dire que si je faisais ma feuille morte, il ne me laisserait plus jamais rentrer dans la chambre. Heureusement, je l'ai réussie.
Quels souvenirs gardez-vous de la Tchécoslovaquie des années 1970 ?
On vivait assez bien. En tant que joueurs, on pouvait voyager en Occident, ce qui n'était pas le cas de nos compatriotes. Du coup, dès qu'on partait à l'étranger, nos proches nous demandaient des jeans et des vêtements avec plein de couleurs parce que chez nous, tout était gris : les vêtements, les villes, les paysages… Les gens avaient envie de couleurs. Le problème, c'est qu'il était impossible d'acheter des devises. On devait donc voyager avec de la marchandise tchécoslovaque, notamment du cristal de Bohème, que l'on revendait sur place pour pouvoir acheter les fameux jeans. Une fois, on avait amené une araignée en cristal avec nous. Elle était tellement grosse que l'on avait dû démonter ses six pattes pour qu'elle rentre dans la valise. Arrivée à destination, l'une d'entre elles n'avait pas supporté le voyage. Elle était en mille morceaux, mais même comme ça, on avait réussi à la vendre.
C'était facile d'être footballeur en Tchécoslovaquie ?
C'était surtout plein de restrictions. On nous interdisait de fumer, de boire de l'alcool, de manger gras et d'avoir des relations sexuelles trois jours avant un match. Je me souviens d'une fois où j'étais allé au restaurant avec ma femme et mes enfants. J'avais 31 ans, j'étais presque en fin de carrière. Ce jour-là, j'ai commandé une bière. C'est remonté aux oreilles de mon entraîneur et j'ai dû payer une amende de 2 000 marks (environ 1 000 euros, ndlr). C'est la bière la plus chère de ma vie ! Le pire, c'est que je ne l'ai même pas terminée… En Tchécoslovaquie, les entraîneurs avaient un pouvoir illimité sur les footballeurs. Je m'en suis véritablement rendu compte lorsque je suis allé jouer à l'étranger. Au Rapid de Vienne, on exigeait juste que je sois performant le jour des matchs. En dehors des terrains, on me fichait la paix.
À l'époque, il y avait des footballeurs tchécoslovaques qui travaillaient comme indics pour le compte de la police politique ?
Certains devaient probablement donner des informations en tout genre à l'entraîneur. Mais c'est quelque chose que l'on voit aussi aujourd'hui : les entraîneurs ont toujours un joueur de confiance qui leur donne plein de