Le K Kansas

Écrit par S.Foot, le 3 juin 2026 à 11:01.

Le K Kansas

Parce que Kansas City ne fait rien comme les autres, sachez qu'une partie de la ville n'est pas dans le Kansas, mais dans le Missouri. Parce que Kansas City ne fait rien comme les autres, elle est aussi, dans un pays qui joue au foot avec les mains, l'autoproclamée capitale américaine du soccer — slogan déposé —, preuve que le cœur du pays sera aussi celui du prochain mondial.

BOOOORING ! La plainte, à la fois théâtrale et résignée, résonne dans les gradins de la Cable Dahmer Arena, une salle de quelques milliers de places au cœur du Missouri. Une vingtaine de minutes se sont écoulées depuis le coup d'envoi du match d'indoor soccer entre les Comets de Kansas City et leur adversaire californien des Empire Strykers. Le tempo se met à traîner. Tout avait pourtant bien commencé : avec une entrée sur le thème de Star Wars, au son tonitruant de John Williams, les joueurs des Comets avaient déboulé sur le terrain avec des sabres laser en plastique à la main. Le public avait englouti du pop-corn et des frites nappées de cheddar fondu, offrant à ce match de foot en salle des airs de fête foraine. Sur le parquet, les passes s'étaient enchaînées, les buts aussi, les joueurs entrant et sortant à un rythme effréné, comme le veut la tradition de ce dérivé du football. Mais avant même la mi-temps, voici la tension retombée d'un cran. Le public commence à soupirer et les Strykers font tourner le ballon dans leur propre moitié de terrain, oubliant la raison d'être de cette version survitaminée du foot : divertir. Une mission que les Comets s'efforcent de remplir depuis plusieurs décennies. "Il n'existait pas de grande ligue de football en plein air aux États-Unis dans les années 80, les Comets étaient tout ce qu'il y avait pour nous," se rappelle Nate Bukaty, animateur radio et spécialiste du football local. "Ils faisaient salle comble à l'époque, avec leurs stars étrangères aux noms exotiques. Notre équipe NBA jouait dans la même salle et a même dû finir par déménager à Sacramento, en partie parce qu'elle attirait moins de spectateurs."

Une heure plus tard, les supporters défilent vers la sortie. Les mines sont réjouies : apparemment, le match n'était pas si "chiant". Les Comets ont gagné par trois buts d'écart, des coupons de réduction ont plu du plafond, et la soirée s'est conclue sur l'entêtant Chase de Giorgio Moroder, une tradition vieille de quarante ans. Au volant de son pick-up garé devant l'arène, John reste pantois.

Ce chauffeur de taxi aurait bien du mal à citer d'autres footballeurs que Pelé, Messi ou Beckham. Lui préfère le rodéo, le Nascar ou les demolition derbies, ces joutes où de vieilles bagnoles jouent aux autos tamponneuses. Mais il voit bien que le soccer s'est taillé une place de choix dans la région. "Ça me fait bizarre de le dire, mais je crois que le soccer va concurrencer notre football américain dans les décennies à venir," grimace-t-il en avalant une gorgée de Mountain Dew. Une prémonition qui pourrait se concrétiser dès cet été puisque l'agglomération s'apprête à accueillir six rencontres du mondial, dont un alléchant Argentine-Algérie. Les deux sélections, rejointes par l'Angleterre et les Pays-Bas, ont même choisi le secteur comme camp de base pour la compétition. Et voilà donc Kansas City devenue l'une des zones névralgiques de la coupe du monde 2026. Personne, ou presque, ne l'avait vu venir. Et pour cause : la ville détonne dans le tableau des sites hôtes.

Classée 39e agglomération des États-Unis en termes de population, c'est la plus petite des villes retenues. Sa position géographique surprend également : alors que la plupart des sites sélectionnés se trouvent le long des côtes, elle trône en plein cœur du pays, quelque part entre le Kansas et l'Iowa, dans ce vaste territoire que les citadins des côtes qualifient de flyover country, cette Amérique de l'intérieur qu'on survole sans y poser les pieds. En retenant la ville, le comité d'organisation de la World Cup savait pourtant bien ce qu'il faisait. Kansas City compte parmi les villes où le soccer a le plus progressé ces vingt dernières années.

Stade clairsemé et nom foireux

Quelques jours plus tôt, à une quinzaine de kilomètres de là. Les abords de l'Arrowhead Stadium sont déserts en ce matin glacial. Difficile d'imaginer ces parkings vides grouiller de supporters, le dimanche, autour de barbecues interminables qui précèdent les matchs des Kansas City Chiefs, l'équipe locale de football américain. À l'intérieur, les

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