"On m'a sous-coté"

Écrit par S.Foot, le 9 juin 2026 à 10:26.

"On m'a sous-coté"

À la surprise générale, le dernier grand buteur italien en activité a posé ses valises, ses dents ultra-blanches et sa tignasse blonde au Paris FC, pour ce qui ressemble à un dernier challenge. Mais après quoi court encore Ciro Immobile ?

Que viens-tu faire au Paris FC à 36 ans ?
On s'est trouvés au bon moment. Le projet m'a plu car il en est au stade de la rampe de lancement. C'est un club qui monte de Ligue 2, qui veut grandir, et qui a besoin de joueurs expérimentés pour encadrer des jeunes prometteurs. Ma venue leur permet de savoir quel type de footballeurs ils vont vouloir pour leur projet, de mesurer la différence entre un bon joueur, un très bon joueur et un champion. Pour moi, c'est un choix qui me permet de rester dans un championnat compétitif et d'envisager la suite sereinement, car j'aimerais rester dans le foot après ma carrière — sans trop savoir encore ce que je vais faire.

Une last dance en Italie ou en Arabie saoudite, ce n'était pas dans tes plans ?
J'ai 36 ans, il était temps de ne plus penser seulement à moi mais aussi à ma famille. Au-delà du sportif, c'était une opportunité pour nous de vivre à Paris. On n'y habite que depuis deux mois, en plein centre, car je voulais qu'on soit au cœur de la ville pour la vivre pleinement. Pour le moment, je n'ai pas peur de dire qu'on a fait le bon choix. On avait fait pareil quand j'ai signé à la Lazio en 2016, on habitait non loin du centre (sur la Collina Fleming, ndlr) alors que l'option la plus pertinente aurait été de vivre dans une villa à dix minutes du centre d'entraînement de la Lazio situé en périphérie de la ville. Mais bon, comme à Rome, quand tu viens jouer à Paris, ce n'est pas pour vivre à Orly. Tu t'attends à autre chose (rires).

Tu apprends encore des choses dans un club en développement comme le Paris FC ?
Tu ne cesses jamais d'apprendre. Je lisais récemment que des cinq grands championnats européens, c'est en Italie que le ballon va le moins vite. Et j'ai pu le constater sur ces premiers matchs : le football est plus rapide ici. Mais là où la France est en avance sur l'Italie, c'est surtout au niveau des stades et des infrastructures. Je le savais déjà pour Lyon, contre qui j'ai joué l'an dernier en coupe d'Europe, mais même à Strasbourg, le stade est magnifique. Le championnat italien devrait être envieux d'enceintes de ce type.

Il y a deux mois, So Foot a publié un long dossier pour comprendre comment le football italien, autrefois avant-gardiste, est désormais plongé dans une forme d'inertie qui lui fait prendre du retard sur les autres. Quel regard portes-tu là-dessus ?
Le problème part de la base, des structures. Une équipe comme Paris a son stade moderne, où tout le monde voit bien que les tifosi peuvent se l'approprier et créer une atmosphère spéciale. Si la Lazio avait un stade comme Strasbourg ou Lyon, ça changerait tout. Il faudrait à mon sens donner plus de continuité à tout ce qu'on fait et mieux accompagner les gamins.

On a pris du retard à ce niveau-là. Moi, la grande majorité des choses que je sais faire, je les ai apprises dans la rue quand j'étais môme. Attention, je sais que les temps ont changé, que les jeunes ne jouent plus dans la rue, on a entendu cette phrase trois mille fois. Mais il faut toujours que les joueurs actuels et de demain aient en tête que le but final reste de divertir, où que tu décides de jouer.

Ton enfance, parlons-en : tu as grandi à Torre Annunziata, dans la banlieue de Naples, un ancien fief de la Camorra. Comment c'était ?
J'ai grandi dans une ville "pauvre" qui, du temps où j'étais adolescent, pouvait s'avérer dangereuse. Tu ne te promenais pas dans la rue sans raison, c'était facile de te retrouver dans des situations qui pouvaient te causer des problèmes à toi ou ta famille. Mes parents nous ont toujours mis en garde vis-à-vis de ça : ne pas céder à la facilité, ne pas faire confiance au premier venu.

Mon père était ouvrier, ma mère, femme au foyer. Mon frère et moi avons grandi dans une famille normale avec nos passions. On a par exemple toujours été des dingues de voitures, on faisait la collection des petites voitures Ferrari. Encore aujourd'hui, on supporte la Scuderia pendant les Grands Prix. Mon père jouait au foot, attaquant, c'est de là que ma passion vient.

Tu as beau être né à Naples en 1990, année du deuxième Scudetto du Napoli, ton idole d'enfance était Alessandro Del Piero, une légende de la Juve. Comment est-ce possible ?
(rires) En réalité, je n'ai que cette date de naissance en commun avec ce grand Napoli-là, car quand j'ai commencé à m'intéresser au foot, le club ne vivait déjà plus sa période faste : même pas dix ans plus tard, ils étaient en Serie B. C'était difficile de se passionner pour ce club, et plein d'autres enfants de mon âge, à Torre Annunziata, devenaient tifosi des équipes dominantes du moment : l'Inter, le Milan, la Juve… Comme tous les gamins, en fait. À l'époque, Totti et Del Piero étaient les deux

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