Dans Un jour avec mon père, Sope Dirisu joue un père de famille qui passe une journée à Lagos avec ses deux fils, alors même que l'élection présidentielle de 1993 s'apprête à être annulée par les militaires. À partir d'un scénario écrit avec son frère Wale, largement inspiré de leur enfance au Nigeria et de leur propre père, l'Anglo-Nigérian Akinola Davies réalise là son premier long-métrage, salué au Festival de Cannes l'année dernière et en salles le 25 mars. Une bonne occasion de parler des Super Eagles, mais aussi de Premier League et de Fulham, son club de cœur.
Un jour avec mon père ne parle pas vraiment de foot, et pourtant, il est partout : en poster dans la chambre des gamins, dans leurs magazines, dans la rue ou dans les conversations des adultes au restaurant. C'était une volonté pour toi et ton frère, coscénariste du film, ou est-ce inconscient ?
Non, bien sûr, on a fait exprès de mettre autant de foot. Le film se déroule en 1993, juste avant que le Nigeria gagne la coupe d'Afrique des nations en Tunisie. Il y avait beaucoup d'excitation autour de l'équipe, d'autant que 1994 allait aussi être l'année de notre première participation à la coupe du monde. Moi, c'est vraiment en 1994 que je me suis intéressé au foot, alors que mon frère était déjà un passionné.
Il collectionnait les magazines et je récupérais ceux qu'il ne voulait plus pour découper les joueurs, aux ciseaux. Sur la porte de ma chambre, je faisais des espèces de fresques en collant Baggio à côté de Batistuta et Jay-Jay Okocha, à l'époque où il jouait en Allemagne. J'ai même montré des photos de ma chambre aux décorateurs du film. Tout ça était donc intentionnel, parce que le foot est un des éléments de la culture nigériane qui pouvait réunir, rassembler tout le monde.
Alors c'est toi ou ton frère qui a voulu mettre Rashidi Yekini en poster dans le film ?
Nous deux ! À l'époque, tout le monde le vénérait, on le surnommait "The Goals Father" au Nigeria. On l'adorait. Et puis je crois qu'on voulait le citer parce qu'on s'est rendu compte que beaucoup des héros de notre jeunesse avaient eu des vies compliquées, dans l'ombre, qu'ils n'avaient pas été protégés malgré ce qu'ils avaient pu accomplir. Yekini est mort assez jeune (à 48 ans, ndlr). C'est lui qui a marqué le premier but du Nigeria à la coupe du monde 94, lorsqu'on a détruit la Bulgarie (3-0) pour notre baptême du feu. Il rentre dans le but, il attrape le filet et je ne sais pas ce qu'il dit, mais c'était iconique.
Tu étais à Lagos à ce moment-là ?
Oui, on regardait les matchs sur la télé du salon, mais il y avait un gros décalage horaire, donc on restait debout jusqu'à tard le soir. Je me souviens de la cérémonie d'ouverture, avec Diana Ross. Je n'avais jamais rien vu d'aussi cool. C'est cette coupe du monde qui m'a radicalisé dans le foot, alors que j'étais pas trop branché sport jusque-là. Il y avait une grande fierté nationale parce que l'équipe avait bien joué, et de ce que j'en comprenais, on n'avait jamais autant parlé de nous partout dans le reste du monde.
Dans le film, c'est par une métaphore footballistique qu'un adulte décrit le coup d'État en cours. Est-ce que le foot, ou le sport en général,