Trop petit, trop frêle, trop caractériel. Gauthier Hein, le meneur de jeu de 29 ans du FC Metz, n'a pas toujours cru qu'il réussirait à se faire une place en ligue 1, ni même dans le circuit professionnel. C'était avant de prendre le contrôle sur ses crises d'angoisse, de découvrir la méditation et de croiser les coachs qui le comprennent.
Tu as donné rendez-vous à Thionville, au stade Jeanne d'Arc. Pourquoi ici ?
Simplement car c'est là que tout a commencé. Le stade Jeanne d'Arc, c'est mes premiers pas, mes premières images, là où mon grand-père m'a poussé sur le terrain.
Comment ça, "poussé" ?
Il l'a fait littéralement (rires). Mon cousin était au club, donc le mercredi, on allait le voir à l'entraînement. J'avais 4 ans, je n'osais pas entrer sur le terrain avec les plus grands, puis un jour, mon grand-père m'a dit : "C'est bon, vas-y…" Et ça a démarré. Lui, c'était un technicien, numéro 10, pas très rapide, mais avec apparemment une très belle vision du jeu. On jouait ensemble dans sa rue, à Yutz, pas très loin d'ici. Il me montrait comment faire des gestes techniques malgré ses prothèses de hanche. Le tout premier, ça a été l'arc-en-ciel, qu'il appelait "la roulette aérienne".
C'est donc quelque chose d'héréditaire ?
Tous les hommes de la famille ont joué au foot. Le dimanche, j'allais voir mon père à Volmerange-les-Mines, et à la mi-temps, j'étais sur le gazon. Avec mon frère, on jouait partout dans la maison. Tout tournait autour de ça, et le foot est même vite devenu mon moyen de m'exprimer.
Parce qu'en dehors, c'était plus compliqué ?
Il y a eu des turbulences. Mes parents ont divorcé quand j'étais encore jeune. Je n'ai pas été un enfant très équilibré, mais plutôt agité, caractériel. Parfois, je leur ai fait la misère, mais le foot me calmait, même si j'ai été dans les extrêmes pour lui. Un jour, j'ai forcé ma mère pour jouer un tournoi avec 39 de fièvre. J'ai disputé tous les matchs avec l'équipe une, tous les matchs avec l'équipe deux. Double dose, mais ça me faisait du bien. J'extériorisais ma colère comme ça, en mettant toutes mes émotions sur le terrain, et ça a été comme ça jusqu'à ce que je finisse par régler certaines choses.
Très vite, on t'a désigné comme le petit prodige du coin.
J'étais haut comme trois pommes, mais techniquement, tout était fluide. Faire mille jongles avec un ballon, ça me paraissait simple. Franchement, je ne jouais que pour prendre du plaisir, avec l'innocence d'un enfant. Dans ma tête, ce que je faisais, c'était juste normal.
Quand est-ce que tu as compris que ça ne l'était pas ?
Lorsque j'ai été élu meilleur joueur d'un tournoi et que le speaker a dit : "Gauthier Hein, petit par la taille, mais grand par le talent." Avant ça, pour moi, on ne me regardait différemment qu'à cause de ma taille. Cette phrase a fait tilt. Pour la première fois, on m'a parlé de "talent". C'est comme si le terrain m'avait aidé à gommer ma différence physique. Je jouais face à des plus grands, mais peu importe, je me faufilais, j'éliminais, et les complexes sortaient de mon esprit. Avec un ballon, je devenais fort, quoi.
Et sans le ballon ?
À l'école, il y a eu des bagarres, des problèmes de discipline, j'ai été parfois difficile à contrôler. Au foot, même chose. J'ai le souvenir d'un tournoi de futsal où on a perdu contre Metz aux tirs au but et où je suis allé discuter d'une décision avec l'arbitre avant de lui dire d'aller se faire enculer, puis de lui faire un doigt d'honneur. À 8 ans. Mon grand-père m'a pris entre quatre yeux et m'a fait comprendre que ça ne pouvait pas durer. Ma "chance" a été que ma mère se mouille souvent pour moi, même quand j'étais totalement en tort.
Ce caractère, ça n'a jamais freiné le FC Metz ?
Il faut croire que non, car je ne l'ai pas caché. J'ai fait plusieurs tournois d'essai avec le club, notamment un à Bruxelles. À la fin de la journée, le coach voulait que tout le monde se douche, mais j'ai refusé de le faire. À Thionville, je faisais mon match et je rentrais me laver chez moi. Il m'a fait comprendre qu'à Metz, personne n'avait de privilèges, et c'est parti en cacahuète. J'ai pris mon sac, sans prendre ma douche, ma mère m'a ramené. Après ça, ils auraient pu se dire que Gauthier Hein, plus jamais.
Metz te recrute à 12 ans et Matthieu Udol, l'un de tes meilleurs amis aujourd'hui, nous a expliqué qu'au départ, on ne t'a pas fait de cadeaux.
Je me suis retrouvé au milieu des "stars" du coin. J'étais celle de Thionville, Matthieu était celle de Marly, tu avais celle de Forbach, celle de Sarrebourg, celle déjà au club depuis quelques années, Maxwel Cornet. Dès les premières journées, on m'a fait comprendre que le concept de star n'existait plus, que désormais, j'étais un parmi d'autres. Ça m'a calmé. Mais oui, pour