Plus belge la vie

Écrit par S.Foot, le 29 avril 2026 à 10:35.

Plus belge la vie

Entre 2001 et 2008, près d'une trentaine de joueurs ivoiriens ont porté le maillot du KSK Beveren, un petit club de la banlieue d'Anvers. Parmi eux, Yaya Touré, Gervinho, Emmanuel Eboué ou encore Romaric. Tous des poulains de Jean-Marc Guillou et de son académie basée à Abidjan. Retour sur un éléphantesque Lost in Translation.

Cette photo-souvenir prise sur la pelouse du stade Roi-Baudouin illustre à elle seule les titres accrocheurs de la presse belge : "Le pays de Waes colonisé" ; "Des idoles noires dans le fief des Blancs" ; "Bienvenue au FC Côte d'Ivoire" ; "Les perles noires de Beveren". Dix Ivoiriens et un Letton, c'est une composition effectivement peu banale pour représenter un "gros village" de 40 000 habitants niché dans les faubourgs de la métropole anversoise. Mais c'est bien ce XI-là qui s'apprête à défier le Club Bruges en finale de la coupe de Belgique. La veille du match, le 22 mai 2004, l'entraîneur du Koninklijke Sportkring ("Cercle Sportif Royal", en VF) Beveren, Herman Helleputte, pestait dans le quotidien De Morgen contre les petits malins qui parlaient plutôt d'un duel au sommet entre Bruges et Abidjan : "Pfff... Il y a quelques années, ce club était au bord de la faillite. Aujourd'hui, regardez où nous en sommes avec nos Ivoiriens !" À ce moment-là de l'histoire, il faut effectivement remonter vingt-cinq ans d'indifférence, ponctués de relégations en deuxième division, pour trouver une trace de Beveren au hit-parade.

À savoir un titre de champion et une demi-finale de C2 perdue contre le Barça, en 1979. Au tournant du XXIe siècle, le KSK est sauvé in extremis de la banqueroute par un Français. Ce dernier s'appelle Jean-Marc Guillou et, de son propre aveu, n'avait "aucun lien avec la Belgique", dont il ne connaissait "que le grand Eddy Merckx, entraperçu quelques fois mais sans jamais avoir osé le saluer". En 2001, l'ancien meneur de jeu de l'Angers SCO et de l'OGC Nice est installé depuis une dizaine d'années en Côte d'Ivoire où il pilote une académie formant les futurs talents de l'ASEC Abidjan. Deux de ses pensionnaires, Aruna Dindane et Didier "Maestro" Zokora, ont déjà franchi le cap européen en signant à Anderlecht et à Genk.

Mais Guillou rêve d'une vitrine plus large pour mettre son travail en lumière. "Je savais que la Belgique était l'un des très rares pays sans limite au niveau du nombre de joueurs extracommunautaires autorisés par club", contextualise-t-il. Après avoir prospecté du côté de Mons et Ostende, son choix se porte finalement sur Beveren, un club qui, d'après l'un de ses amis agent, s'apparente à une belle endormie. Convaincu, il s'associe avec son pote Arsène Wenger, son ancien entraîneur adjoint à l'AS Cannes, et injecte 300 000 euros d'argent frais. Le deal est simple : en échange de cette manne financière épongeant la majeure partie des dettes, le président du club, Frans Van Hoof, lui confie les clés du camion. Beveren devient dès lors une sorte de dépendance d'Arsenal, où Wenger est en poste, mais surtout le point de chute d'une flopée d'Éléphants. Le point de départ d'une drôle d'histoire belge, évidemment.

“On s'en foutait de l'histoire des Gaulois”
La première fournée ivoirienne débarque à l'aube de la saison 2001-2002. Parmi les cinq lascars qui la composent, on retrouve notamment un certain Yaya Touré, Gilles Yapi-Yapo, futur finaliste de la coupe de la ligue avec le FC Nantes, et Venance Zézé — dit Zézéto —, véritable superstar au pays de Magic System depuis son doublé en Supercoupe d'Afrique 1999, qui a vu l'ASEC l'emporter sur l'Espérance Sportive de Tunis avec une équipe composée à 100% d'académiciens. "Beveren, je ne savais même pas où c'était", avoue aujourd'hui l'attaquant aux sept sélections avec les orange et vert. "Je savais juste que c'était une porte d'entrée pour réaliser notre rêve de jouer en Europe. Le coach Jean-Marc, on a passé plus de temps avec lui qu'avec nos propres parents et c'est un homme de parole. Quand il nous a promis qu'on jouerait un jour pour l'ASEC, ça s'est produit. Donc quand il nous a parlé de Beveren, on l'a suivi les yeux fermés."

Sur place, pourtant, le projet a du mal à carburer : au bout de cinq rencontres, les jaune et bleu ont encaissé 18 buts et ne comptent qu'un seul petit point. L'entraîneur Emilio Ferrera saute, et Guillou assure l'intérim sans plus de réussite puisqu'il ne parvient à remporter qu'un seul match. "Le style de jeu des Ivoiriens ne collait pas du tout avec celui du championnat belge", critique l'ancien défenseur central de l'équipe, Stéphane Demets. "C'étaient des techniciens à qui le ballon collait aux pieds, ils venaient d'une école où l'on apprend à jouer pieds nus dans le sable. Sauf qu'en Europe, c'est beaucoup plus rugueux. Ils n'avaient pas été

Sur desktop et mobile : 4,99 € par mois ou 39 € par an, sans engagement

S'abonner