Le stade

Écrit par S.Foot, le 25 août 2026 à 18:13.

Le stade

Le déclassement, les billets hors de prix, la remodélation et les restrictions d’accès de la Fifa n’y ont rien fait : pour son troisième mondial, le mythique stade Azteca a encore ébloui le monde, et ringardisé les enceintes modernes de l’autre côté de la frontière. Portrait de la vraie star de cette World Cup 2026.

Sa première fois, Carlos Hermosillo, comme beaucoup de monde, s’en souviendra toute sa vie. C’était le 10 juin 1984, à l’occasion de la finale retour de la première division mexicaine, un affrontement entre l’América et les Chivas de Guadalajara, que les médias mexicains appelleraient bientôt la “Finale du siècle”. Ce jour-là, le jeune attaquant des Aguilas s’apprête à fouler la pelouse de l’Estadio Azteca pour le premier match décisif de sa carrière. Son coach, Gerardo Reinoso, lui donne alors un conseil : “Ne va surtout pas sur le terrain avant que toute l’équipe n’y entre.” Avec la fougue de ses 19 ans, Hermosillo n’écoute pas. Il veut voir la bête. “Je suis sorti et je me suis retrouvé né à né avec ce monstre, face à l’énergie de 120 000 personnes, remet celui qui deviendra une légende mexicaine. J’ai fait demi-tour et j’ai vomi plusieurs fois, à cause de l’ambiance et de mon état nerveux.” Être ébahi par la clameur, se sentir minuscule au milieu d’un volcan en ébullition, parfois même avoir le sentiment que l’on va être englouti, voici la sensation que procure généralement l’Azteca, selon ceux qui se sont frottés à la bête. Jorge Valdano, qui fut champion du monde dans cette enceinte, décrivait ainsi sa première rencontre avec le Colosse dans El Pais : “La première fois que j’y suis entré, pour le match inaugural de la coupe du monde 1986, je suis resté sans voix. Comme le stade est en dessous du niveau du sol, je suis entré en descendant dans cet immense cratère, et j’ai eu le vertige. J’ai eu la certitude que si je tombais des tribunes, on me ramasserait sur la pelouse. Ce bloc de béton avec ses tribunes verticales m’a intimidé physiquement.”

Combien de stades dans le monde peuvent se targuer d’avoir accueilli le pape Jean-Paul II, D10S, Michael Jackson et le Roi Pelé ? D’avoir été le théâtre de deux finales et trois matchs inauguraux de coupe du monde ? Ou encore d’avoir une chanson à sa gloire ? Un seul. Les chiffres sont par ailleurs vertigineux. Au cours de sa riche histoire, l’Azteca a hébergé près de 112 000 personnes pour une coupe du monde féminine officieuse en 1971, accueilli 132 000 fans en délire pour le combat du héros national, Julio Cesar Chavez, contre l’Américain Greg Haugen, le 20 février 1993. Le voilà revenu sur le devant de la scène cet été, pour ce mondial étrange, disputé dans trois pays. Pour l’occasion, il a dû changer ses habitudes et tourner en partie le dos à son quartier, afin de se conformer au cahier des charges infernal de la Fifa, qui pour “améliorer la sécurité et l’expérience des fans” a interdit l’accès au dernier kilomètre aux non-détenteurs de billets. Il est surtout resté cantonné à un rôle secondaire, indigne de sa légende, n’accueillant qu’un seul huitième de finale, le vibrant Mexique-Angleterre. La logique aurait voulu qu’il soit le théâtre de la troisième finale de son histoire, mais la Fifa a préféré l’attribuer à un stade de football américain sans âme, situé quelque part dans la lointaine banlieue de New York. Il n’empêche, tous ceux qui ont eu le privilège d’y pénétrer au cours des cinq matchs qu’il a accueillis ont pu le constater : l’Azteca, ou Estadio Banorte, comme il convient désormais de l’appeler (du nom de la banque qui a financé sa remodélation), a un petit truc en plus que les arenas ultramodernes situées plus au nord du continent n’auront jamais. Plusieurs, mêmes : une acoustique impressionnante, une passion transpirant de chaque centimètre de béton et le poids de l’histoire. Finale ou pas, l’Azteca a une nouvelle fois émerveillé la planète. Il faut dire que c’est pour cela qu’il a été bâti.

L’histoire de la “Catedral del futbol” débute au tournant des années 1960. Pour en comprendre la genèse, il faut s’asseoir à la terrasse d’un Starbucks du quartier de Coyoacan, à quelques hectomètres de la maison de l’icone Frida Kahlo. L’historien mexicain Carlos Calderon y patiente pour débuter la leçon. “Au début des années 1960, le Mexique connaît une période de boom économique, resitue l’universitaire. Le taux de conversion peso-dollar est stable, la classe moyenne est plus importante qu’aujourd’hui, le Mexique est en lice pour

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