Il était programmé pour être la star du Team USA, mais Christian Pulisic, 27 ans à se faire surnommer “Captain America”, est passé à côté de son mondial. À Hershey, sa ville natale, en Pennsylvanie, tout le monde s’en foutait. Forcément, ça veut bien dire quelque chose…
C’était une grande et large route comme l’Amérique sait les construire, bordée d’un bois dense rempli d’animaux sauvages, quand, d’un coup, un coyote apparut dans les phares de la voiture, trop tard pour l’esquiver. Il avait de grands yeux ronds, il était immense, haut comme un loup, et il avait tenté sa chance au hasard dans le ballet des véhicules lancés à 80 km/h. Son poil gris-marron disparut aussi vite qu’il était apparu, dans un grand boum contre le pare-chocs latéral : derrière, le rétro n’afficha plus rien que du noir.
La dernière fois qu’il est apparu en ville, Christian Pulisic a provoqué une émeute, et c’était bien la première. Le peuple de Hershey s’était réuni à l’entrée d’un grand bâtiment en périphérie de la cité, enfants, parents et grands-mères enamourées, à l’intérieur duquel le héros local les attendait avec son sourire ultra-bright. Né ici, au milieu de la Pennsylvanie, l’attaquant de l’AC Milan avait toujours provoqué une relative indifférence, sans doute parce que Hershey est une de ces villes aisées où les docteurs se disputent aux avocats, et qu’on y préfère les grandes équipes de baseball ou de football américain des mégapoles alentour, Washington, Pittsburgh, Baltimore et Philadelphie. Le football, pour le commun des mortels, y est secondaire. “À Milan, Christian doit se balader avec deux gardes du corps, mais dans sa ville natale, personne ne le reconnaît dans la rue”, aime à dire l’un de ses proches sur place. Le 6 juin dernier, pourtant, quelque chose avait changé : pour la première fois, Pulisic déchaînait les foules. Plusieurs milliers de personnes avaient fait le déplacement à l’approche de la coupe du monde pour le voir, et la file d’attente s’enroulait à l’extérieur de Chocolate World, l’un des plus grands magasins de chocolat du monde, où rendez-vous avait été fixé. À l’intérieur, “Captain America” attendait, immobile, surveillé par Nabil, superviseur des ventes. Puis les portes s’ouvrirent, et le public se jeta sur lui.
Il était 9 heures quand les milliers de fans découvrirent exactement ce qu’ils étaient venus voir : 5000 tablettes de chocolat édition limitée “Pulisic” distribuées gratuitement par l’entreprise Hershey’s. “Pulisic’s since 1998”, indiquait la barre. “The best thing we’ve made since chocolate”. L’homme n’était pas là physiquement mais son visage, oui : en surimpression sur la tablette. Juste du chocolat. Un coup de force pour la ville dans une opération de communication consistant à réunir ses deux enfants prodiges, le plus connu n’étant pas toujours celui qu’on croit. En l’occurrence le chocolat Hershey’s, un géant de la confiserie, fabricant entre autres en Amérique des barres Kit Kat, des réglisses Twizzlers, des bonbons Jolly Rancher ou des sucreries au beurre de cacahuète Reese’s. La marque, née ici en février 1894 et depuis répandue dans soixante pays, rapporte sortir 373 millions de tablettes de chocolat au lait de ses fours par an, et affichait, en 2025, 11,7 milliards de dollars de recettes. Le pays connaît Hershey pour son chocolat plus que pour son footballeur, et c’est d’ailleurs pour ça que les gens se pressent ici le week-end, à “Chocolate Town”, Mecque organisée autour du Dieu cacao. Les immeubles, les lampadaires, les bâtiments et les trottoirs sont recouverts d’une teinte brun foncé, comme si le bon Dieu avait plongé la ville